Interview de Belfius

Patrick Devis est Chief Information Officer chez Belfius

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Belfius a demandé à un consultant, Green IT Belgium, de faire le bilan environnemental de son activité numérique. Le bilan était-il conforme à vos attentes ou vous a-t-il surpris ?

On a connu plusieurs étonnements. Le premier étonnement, c’était de voir le poids de notre empreinte carbone, on se doutait qu’elle n’était pas neutre mais comme nous ne sommes pas une industrie, nous ne nous attendions pas à ce poids, le deuxième étonnement était de réaliser que l’essentiel de cette empreinte carbone vient des services informatiques. Et pourtant ce n’était pas absolument étonnant. Dans une entreprise de banque et assurance, finalement, ce qui consomme des ressources environnementales, ce sont deux choses : le déplacement du personnel au travail, et puis le fait qu’il travaille. Pour ce qui est de la mobilité, Belfius a choisi d’être central dans Bruxelles, donc près des gares et beaucoup d’employés viennent en train, ou à vélo, et donc l’empreinte est relativement faible. Et donc logiquement l’empreinte « quand les gens travaillent » prend proportionnellement de la place dans notre bilan. Les employés utilisent des machines, ils impriment et tout ça représente le volet IT. Belfius vise déjà la neutralité carbone, on achète des certificats pour compenser. Et acheter des certificats, c’est un bon début, mais on veut aller plus loin en réduisant l’empreinte carbone.

Il n’y a évidemment pas que le parc informatique de Belfius, il y a aussi les serveurs et la bande passante : en tant que banque, vous avez besoin de répondre rapidement aux demandes des clients, par définition fluctuantes selon les périodes. La bande passante est plus sollicitée un premier lundi du mois qu’un dimanche après-midi, par exemple.

On peut gérer ce problème de deux façons pour économiser de la bande passante : on pourrait limiter la bande passante en la dimensionnant sur la moyenne. Ce n’est pas une bonne façon d’avoir de la qualité lors des pics évidemment. Une autre solution, c’est de « pooler » les machines, trouver une utilisation pour les machines au moment où nous n’en avons pas besoin. On peut essayer de faire ça en faisant un accord avec des tiers : je vais prendre un exemple tout simple : quand les gens regardent Netflix, généralement le soir ou le we, ce n’est pas le moment privilégié où ils font des opérations bancaires en ligne. Mais ce n’est pas très efficace non plus parce que ce sont des accords limités, alors que l’idéal est d’avoir un pool plus grand, et donc des infrastructures « cloud », soit des machines physiquement qui vous appartiennent mais partagées avec d’autres dans des data centers extrêmement standardisés et qui permettent une efficacité électrique la plus grande possible.

Il y a la « sobriété numérique » de l’entreprise mais malgré tous vos efforts, ce sont aussi les consommateurs qui décident de surconsommer vos services, et cela pèse sur votre empreinte numérique.

Notre application mobile Belfius a un grand succès et est reconnue au niveau international comme étant de grande qualité. Un million et demi de personnes se connectent en moyenne 35 fois par mois. C’est très sympathique pour nous, mais la question qu’on se pose : est-il nécessaire d’avoir 35 contacts par mois avec sa banque, tout comme on peut se demander s’il est nécessaire de poster la photo de la pizza qu’on vient de manger. C’est vrai qu’il est nécessaire d’avoir une prise de conscience du public et votre Semaine Numérique est là pour le rappeler, que ce n’est pas parce que c’est gratuit qu’il faut en abuser. Economiquement c’est gratuit mais écologiquement c’est très cher. Quand quelqu’un fait une recherche Google sur des futilités, ça a l’air gratuit mais c’est loin d’être gratuit pour la planète. On peut même se poser la question sur nos propres pratiques. Quand vous avez demandé ma photo par mail, je vous ai envoyé une photo de 130Kb, et vous avez jugé que ce n’était pas suffisant comme qualité, alors que j’étais reconnaissable, et de mon côté je vous ai renvoyé la photo non compressée, qui faisait 80Mb. Nous n’avons pas été malins sur ce coup là, ni vous ni moi. (rires) Pour revenir à l’app, on a installé une sorte de raccourci sur l’écran des smartphones qui permet de consulter le solde de son compte en ligne sans devoir reconnecter intégralement l’app à toutes les infos du serveur. Cela réduit de 90% les données échangées.

Et en ce qui concerne vos data centers proprement dits, vous avez pris des mesures pour réduire leur énergie ?

Un data center, c’est un grand hangar dans lequel il y a des machines qui doivent tourner 24h/24 pour qu’une banque fonctionne. Il y a donc différentes arrivées d’électricité pour alimenter les machines, mais au cas où (on ne sait jamais !) toutes les arrivées tombent au même moment, il y a en plus un système de secours, un moteur au diesel qui doit permettre d’assurer le temps de réparation. Un moteur diesel ne démarre pas immédiatement et donc il faut pouvoir assurer un approvisionnement électrique d’une vingtaine de secondes. Pour faire ça, on a deux solutions. La première, ce sont des batteries. Pour un data center comme le nôtre, il ne faudrait pas moins de 55 tonnes de batteries, de métaux rares et précieux. L’alternative est d’installer sur le toit une grande roue en béton qui pèse 13 tonnes et qui tourne tout le temps. Comme elle est bien équilibrée, elle ne consomme pas tellement d’électricité. Et si le courant venait à se couper, l’inertie de la roue ferait qu’elle continuerait à tourner et produirait suffisamment d’électricité pour alimenter vingt secondes le data center ? Deux solutions différentes. On a choisi la roue qui tourne mais c’est loin d’être une question évidente parce que les batteries au lithium ne consomment pas de CO2 une fois qu’elles sont implantées, c’est autre chose que d’avoir en permanence ce moteur qui tourne pour faire tourner la roue.

Infos : https://www.belfius.be/

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